Histoire d’un infirmier libéral face à la crise sanitaire du COVID-19

par | Avr 28, 2020 | Paroles de

Déjà plus d’un mois que le COVID est arrivé sur notre territoire et que le gouvernement nous a confinés pour éviter la contagion.

Un mois durant lequel Anthony DUBOIS, Infirmier libéral, et ses collègues infirmiers ont dû s’adapter rapidement et imaginer une nouvelle organisation avec les moyens du bord.

Il nous raconte ce premier mois.

Comment se sont passés les premiers jours ?

Dès l’annonce du confinement, il y a eu d’abord les recommandations des autorités de santé qui demandaient tout d’abord de réduire les tournées pour éviter la contamination, quand cela était possible, soit pour des soins simples ou en cherchant des personnes ressources qui pouvaient prendre le relais (parents, enfants…)

De notre côté, nous avons mis en place un appel téléphonique systématique avec tous nos patients pour garder le contact et éviter des passages inutiles.

Puis il a fallu s’organiser face à cette situation complexe. Les patients suspects ont dû être testés quand c’était possible sur un drive mis en place par un laboratoire sinon à leur domicile.

Nous avons mis en place le télésoin pour les patients qui le nécessitent et créé des fiches de soins étudiées avec les médecins et les autres infirmiers.

Comment avez-vous fait face aux problématiques de matériel essentiel comme les masques ou les blouses ?

Dès le début de la crise, la solidarité a été incroyable. Des bénévoles ont récolté des draps et ont permis la confection de blouses et de masques avec l’aide de couturières. D‘autres ont trouvé des fournisseurs pour des lunettes, des surblouses ou encore des housses de protection de voiture.

La communication s’est organisée sur la région avec la création d’un groupe de messagerie partagée pour échanger sur les recommandations sanitaires, les initiatives prises dans d’autres régions, ou encore les possibilités de mise à disposition de matériel.

En quoi cette crise a-t-elle modifié votre organisation ?

Nous avons mis en place une équipe de 3 infirmiers dédiés au futurs patients COVID dans l’éventualité où le nombre de cas deviendrait important. Nous avons aussi collaboré avec les infirmiers d’autres cabinets pour répartir les patients chroniques non COVID.

Nous avons passé beaucoup de temps avec mes collègues à imaginer cette organisation, à créer des outils pour suivre les recommandations qui changeaient tous les jours mais aussi pour s’organiser avec les médecins et les autres infirmiers de la région. Il a fallu également trouver un local pour stocker le matériel propre et un autre pour traiter les déchets COVID.  Cette période n’a pas été simple.

Qu’est ce qui a changé dans votre tournée quotidienne ?

La logistique de la tournée est devenue plus complexe. J’arrive plus tôt au cabinet pour préparer le matériel nécessaire à la tournée (gel, blouse, masque, gant …)

La durée des soins est aussi plus longue, notamment dû au temps d’habillage, de désinfection, au nettoyage post soins, au déshabillage. Il y a également le temps pour répondre aux patients qui s’inquiètent sur cette crise et qu’il faut rassurer.

Quand j’ai des patients suspects COVID dans ma tournée, je m’organise pour les visiter en fin de journée pour limiter le risque de contamination. Ceci me permet aussi de m’habiller complètement avant la visite de ces patients avec la tenue adaptée : blouse, surblouse, charlotte, masque, lunettes, gants et sur gants.

A chaque fin de soins, je me déshabille dehors et je jette dans un sac poubelle ce qui peut être éliminé dans les ordures ménagères après 24h minimum de stockage.

Puis enfin en rentrant chez moi je nettoie ma voiture et mes affaires personnelles (téléphone, clés…). Je prends une douche et change de vêtements que je mets dans un sac plastique pour décontamination avant de les laver.

Cette nouvelle organisation a augmenté mon temps de travail d’au moins 2H par jour. J’ai également triplé ma consommation de gel hydroalcoolique. La gestion administrative est aussi plus longue car le réseau est saturé et ça se ressent. Il a fallu également s’adapter à de nouvelles cotations correspondant aux soins des patients COVID.

Et pourtant, je ne suis pas encore fortement impacté, j’ai peu de cas à traiter. Mes collègues et moi appréhendons le déconfinement et la probabilité de voir augmenter le nombre de cas à traiter dans notre zone.

Nous sommes inquiets sur comment prendre en charge les nouveaux patients. Sont-ils suspects par défaut ? Seront-ils testés systématiquement ? Comment éviter les faux négatifs ? Puis les beaux jours et la chaleur arrivent. Nous allons devoir faire des gestes de soins techniques sous une tonne de matériel avec beaucoup d’inconfort et donc avec plus de difficultés.

En conclusion, que diriez-vous de votre pratique à domicile dans cette période ?

La gestion des soins à domicile est particulièrement complexe à mettre en place car il faut jongler entre les patients normaux, les suspects, les cas avérés, la gestion des déchets… et tout ça entre le domicile des patients, le cabinet, le véhicule et notre propre résidence.

Cette situation a aussi nécessité une collaboration plus importante entre infirmiers de différents cabinets pour mettre en place toute cette organisation. Toutefois travailler en secteur rural où tout le monde se connaît, a fortement simplifié cette démarche, certainement plus que dans les grandes villes.

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